La ballade au fond de moi

Dernièrement, j’avais décidé de m’associer à la nature pour changer mon paysage intérieur… c’était viscéral, il me fallait aérer mes méninges…

Tout d’abord, il me fallut choisir une direction… hum… voyons… la plus longue, c’est bien ça !

Les sous-bois étaient frais et paisibles : un joli moment en perspective avec à la clé un largage manu militari d’inutilités plus grosses les unes que les autres accumulées depuis un bon moment dans moults recoins de mon mental en surcharge…

Bâton en main (un seul… j’aurais peut-être dû prendre l’autre ?), me voilà partie, à la suite du collègue habitué du parcours qui m’avait proposé la ballade.

Je sens un élan de mon cœur (et mon corps avec) qui me dit que je suis au bon endroit pour lâcher-prise, dans le silence et la majesté des lieux… Alors je marche…

Que de joie à croiser des arbres à surprises… de croiser sur le sol quelques clins d’œil de l’univers…

Un couple de promeneurs nous dit avoir croisé des chamois… nous n’aurons pas cette chance.

Je me sens bien, là, dans les sous-bois, au grand air. Ma tête se vide… le chemin se rétrécie pour devenir un sentier étroit qui réclame l’attention de mes yeux, de mes pieds et de tout mon corps.

J’ai soudain l’impression d’être une funambule au milieu de nulle part : je suis à présent sur le flanc de la montagne et le vide flirte avec mon vertige… du calme… respire… concentre-toi sur tes pieds et sur le sentier de pierres… aide-toi de ton bâton…

Les battements de mon cœur se calment ; mon premier vertige disparaît et je m’habitue à ce lieu sauvage qui semble si familier à mon accompagnateur.

Plus nous grimpons et plus le paysage s’ouvre : un ciel clément nous laisse apercevoir au loin les Alpes. Un énorme nuage sert de parasol aux montagnettes. C’est absolument sublime. L’air est doux, pas un poil de vent. Un temps de fin d’été idéal pour cette randonnée.

Pause casse-croute. Nous nous posons entre pierres et arbres. Pas un bruit. Quelques oiseaux de temps en temps, quelques mouches et le silence des lieux, comme un temps de recueillement et d’offrande de notre visite.

Nous repartons quelques 20 minutes plus tard. Il reste encore à faire avant d’arriver sur la crête. La ballade dure en tout 5 heures et nous en sommes environ à la moitié.

Je me sens bien.

Les pierres deviennent petit à petit plus présentes. Elles tiennent en équilibre et certaines retenues par les arbres. Incroyable cette nature ! Cela fait près de 15 ans que j’habite le coin et j’ai mis tout ce temps à découvrir l’endroit!

De petits amas de pierres témoignent du passage des marcheurs. J’ajoute ma contribution à l’édifice en y déposant intentionnellement ce dont je veux me débarrasser : la colère principalement. Elle sourd en moi depuis des lustres. Elle a pris diverses formes : impuissance, frustration… mais elle est là, bien présente et il est temps de la déposer avec les armes qui l’accompagnent.

Alors je dépose…

Arrêt à ce qui semble être un carrefour… pas facile de dire si c’en est un ! Nous sommes dans des sentes de pierres qui zigzaguent sur le flanc de la montagne. Elles se croisent et se recroisent…. Nous allons finalement prendre ce qui semble être le chemin le plus logique. La crête n’est pas loin, ménageons nos efforts. Je suis un peu essoufflée car mine de rien, ça grimpe !

1628 mètres : Crête nous voilà ! Et bienvenue au sommet ! On a marché sur la lune version 2018 ! Un désert de pierres. Quel contraste avec l’autre versant ! C’est à se demander ce qui a pu se passer pour avoir un tel désert !

Quel spectacle pour nos pupilles ! Nous sommes les maîtres du monde.

Le ciel est complètement dégagé et le spectacle est époustouflant. Le gros nuage ressemble à un animal protecteur sur la vallée, accompagné d’autres « moutons » qui se tiennent à distance. Nous nous délectons du calme absolu interrompue de temps à autre par les adeptes des virages de la petite route à moto…

Petite pause durant laquelle mon collègue me montre le chemin qu’il nous reste à faire jusqu’au sommet. Je le vois au loin, à 3,5 kms exactement, coiffé de son grand pic blanc et rouge… nous ne sommes pas encore arrivés, d’autant qu’il nous faut affronter le dénivelé de 300 mètres de la dernière ligne droite. Il n’a pas l’air mais ça fait une sacrée grimpette.

Mon côté droit est un peu tendu et mon genou me lance de temps à autre. Courage, tu es bientôt au bout. Je fais de micro-pauses pour récupérer. Mon genou n’est pas très heureux de l’effort prolongé. Il est temps d’arriver je crois, enfin physiquement parlant…

Le pic se rapproche et avec lui mes douleurs s’intensifient. Je ralentis le pas et laisse mon collègue marcher le sien. Je ne fais pas la course, je suis là pour lâcher du lest !
Je continue d’alimenter les tertres de pierres ; Il y a eu un sacré passage. Nous croisons les courageux qui vont dans notre sens tandis que d’autres reviennent du sommet. Ils ont de la chance eux, ça descend ! Quoique dans la pierre, descendre ou monter, même difficulté !

Mon genou me tire de plus en plus à mesure que nous nous approchons du sommet. C’est qu’il va falloir redescendre par l’autre versant ! Encore une heure et demie de crapahutage ! Allez courage, on y est presque !
1912 mètres : enfin le sommet ! Mon genou me dit stop. Basta. Pause ! Je monte péniblement les marches du belvédère qui marque l’arrivée et contemple la vue à 360 degrés ! Pas un brin de vent (en 1967 les rafales ont atteint 320km/h !).

Je me dirige vers une grosse pierre que je ramasse et pose sur la pile la plus proche, accompagnée de tout ce dont je veux me débarrasser.

Oui je l’ai fait, je suis arrivée au sommet, pas très fraiche certes, par manque d’entraînement, mais je l’ai fait !
Oui mais… « Il faut redescendre » me dit mon collègue…
Il fera le retour seul tandis que je lève mon pouce au passage d’une voiture et que de sympathiques vacanciers ont la gentillesse de me déposer non loin de l’endroit où la voiture est garée. Etre raisonnable et ne pas aller au-delà de mes capacités physiques.

J’ai tout le temps de refaire le parcours en pensées tandis que j’attends mon collègue, assise sur un banc près du camping.

Le Ventoux et moi nous regardons dans le silence de cette après-midi qui s’achève

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